la brève histoire de france 🇫🇷

La Henriade des Coqs et des Philosophes

(Poème épique et badin dans un esprit voltairien)

Je chante un vieux pays, fertile en aventures,
Où les rois, les prélats, les soldats, les censures,
Les héros, les fripons, les savants, les gourmands,
Ont tous, chacun leur tour, gouverné les vivants.

Au temps où les Gaulois, libres sous leurs moustaches,
Mangeaient force sangliers et vidaient force cruches,
Un César vint du Sud, fort de ses légions ;
Il vainquit les guerriers, non leurs opinions.

Le fier Vercingétorix, perdant Alésia même,
Prouva qu’on peut tomber et devenir emblème.
Les vainqueurs sont contents un ou deux mille ans ;
Les vaincus, quelquefois, durent beaucoup plus longtemps.

Rome alors enseigna ses lois et sa grammaire ;
Le Gaulois apprit vite à parler en notaire.
Puis l’Empire s’écroule ; et dans ce grand fracas,
Chacun prend un morceau de ce qui ne tient pas.

Parut alors Clovis, guerrier providentiel,
Qui trouva fort utile un baptême officiel.
L’eau bénite, en ce temps, servait plus sûrement
Que vingt mille dragons et trois régiments.

Les siècles s’écoulaient dans la foi féodale ;
Le baron pillait bien, mais priait à la salle.
L’évêque bénissait le seigneur querelleur ;
Le ciel récompensait tout le monde ailleurs.

Charlemagne survint, barbe auguste et sévère,
Corrigeant l’univers comme un maître d’école.
Il voulut des lettrés ; projet fort estimable :
Les peuples approuvèrent en restant ignorants.

Le royaume grandit, tantôt maigre, tantôt gras ;
Les Anglais le lorgnaient d’un œil plein d’embarras.
On se battit cent ans pour savoir à qui même
Appartenait un champ, un trône ou un problème.

Alors monta Jeanne, humble fille inspirée,
Qui fit rougir d’honneur la noblesse égarée.
Des docteurs examinèrent son cas savamment ;
Les miracles, toujours, gênent les règlements.

Le Moyen Âge finit, la Renaissance chante ;
On découvre Platon, qu’on avait sous la main.
Les artistes fleurissent, les palais se décorent ;
Les impôts, par bonheur, fleurissent et prospèrent.

Mais voici les débats que la théologie
Transforme volontiers en vaste boucherie.
Catholiques, réformés, tous veulent le salut ;
Ils commencent souvent par tuer qui l’a vu.

Le bon Henri Quatre, homme de bon sens rare,
Préféra quelque paix à la gloire barbare.
Il comprit qu’un royaume est plus facile à tenir
Quand les sujets vivants peuvent encore obéir.

Puis Louis le Treizième et son rouge ministre
Firent du pouvoir roi un instrument sinistre ;
On coupa quelques têtes au nom de l’unité :
La raison d’État naît dans la nécessité.

Vint Louis Quatorze, astre immense et magnifique,
Qui prit fort au sérieux son rôle cosmique.
Versailles resplendit, les jardins sont charmants ;
Le contribuable aussi, mais beaucoup moins longtemps.

L’Europe l’admirait, l’Europe le craignait ;
Elle le combattait dès qu’elle le pouvait.
Car les peuples voisins ont cette étrange humeur
D’aimer un grand voisin lorsqu’il reste mineur.

Le siècle des lumières alors leva l’aurore ;
Les savants démontraient ce qu’on ignorait encore.
La raison s’avançait, flambeau dans une main ;
L’autre cherchait souvent la bourse du prochain.

Puis survint la Révolution tonnante,
Qui promit le bonheur d’une voix éclatante.
On détrôna les rois, les privilèges, tout ;
Et l’on guillotina pour aller jusqu’au bout.

La Liberté marchait, drapée en déesse austère ;
La Terreur la suivait comme une secrétaire.
Les peuples sont ainsi : lorsqu’ils changent de maître,
Ils gardent quelque temps les habitudes peut-être.

Napoléon surgit du tumulte et des cartes ;
Il mit l’Europe entière au pas de ses bottes.
Il gagna cent combats avec un rare éclat ;
Puis voulut en gagner un de trop, et voilà.

Les aigles repartirent, les Bourbons revinrent ;
Les révolutions, polies, recommencèrent.
Le siècle dix-neuvième, inventeur fécond,
Produisit des romans, des usines, du charbon.

La République enfin, souvent grondée, obstinée,
S’assit dans le fauteuil de l’histoire étonnée.
Elle fit des erreurs, comme toute grandeur ;
Mais moins que ceux qui croyaient n’en faire aucune, d’honneur.

Vint la guerre terrible où l’Europe se brise ;
Puis une autre, plus noire encore, qui la divise.
La France résista, tomba, se releva ;
L’espoir est un métier qu’elle n’abandonna pas.

Après tant de combats, de serments, de doctrines,
Les citoyens bâtirent des écoles, des usines.
Ils disputèrent ferme en cafés, au Parlement :
C’est un sport national, et fort divertissant.

Aujourd’hui le pays poursuit sa destinée ;
Il critique le monde et sa propre journée.
Il change de gouvernement avec application,
Comme un gourmet choisit une nouvelle sauce.

Ô France ! noble théâtre où chacun veut convaincre,
Où l’on préfère encore discuter que se vaincre,
Puisse ton long récit enseigner aux humains
Que le ridicule aussi gouverne les destins.

Car les rois sont mortels, les empires fragiles,
Les systèmes parfaits deviennent difficiles ;
Mais l’esprit, ce moqueur plus durable que tout,
Rit des siècles passés et leur survit surtout.

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French flag with blue, white, and red vertical stripes flying over Paris cityscape including Eiffel Tower

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