les lesbiennes 🏳️‍🌈✍🏻

Women socializing in a 1940s Parisian bar with dancing, drinking, and smoking

Les voix lesbiennes dans la littérature française : vies et œuvres de Colette à Pauline Delabroy-Allard

L’histoire de la littérature française est traversée par des voix dissidentes qui ont contesté les normes sociales, sexuelles et esthétiques de leur époque. Parmi elles, les auteures lesbiennes occupent une place à la fois marginalisée et essentielle. Leur écriture, souvent autobiographique ou profondément incarnée, a contribué à redéfinir les contours du désir, de l’identité et du langage. De Colette à Pauline Delabroy-Allard, en passant par Monique Wittig, Violette Leduc ou encore Fatima Daas, ces écrivaines ont chacune, à leur manière, façonné une tradition littéraire queer française, oscillant entre visibilité et invisibilisation, scandale et reconnaissance.

Colette : sensualité et ambiguïté

Sidonie-Gabrielle Colette, figure incontournable du début du XXe siècle, incarne une forme d’ambiguïté fondatrice. Si son lesbianisme n’est pas toujours explicitement revendiqué dans son œuvre, il traverse pourtant nombre de ses écrits et de ses expériences personnelles. Sa relation avec Missy (Mathilde de Morny) et leur célèbre performance au Moulin Rouge en témoignent.

Dans la série des Claudine, notamment Claudine à l’école, Colette met en scène des désirs féminins dans un cadre adolescent, souvent voilé mais palpable. Plus tard, dans Le Pur et l’Impur, elle aborde plus directement la question des sexualités marginales. Colette écrit le corps, le désir, la nature avec une sensualité rare, ouvrant ainsi une brèche dans la représentation littéraire du désir féminin.

Renée Vivien et Natalie Clifford Barney : le cercle sapphique

Au tournant du siècle, Paris devient un foyer d’effervescence pour les femmes aimant les femmes. Renée Vivien, poétesse d’origine britannique écrivant en français, incarne une esthétique décadente et mélancolique. Inspirée par Sappho, elle développe une poésie du manque, du désir impossible et de la mort. Son œuvre est marquée par une idéalisation de l’amour entre femmes, souvent tragique.

Natalie Clifford Barney, quant à elle, adopte une posture plus flamboyante et assumée. Son salon littéraire, rue Jacob, devient un lieu de rencontre pour les intellectuelles et artistes lesbiennes. Elle écrit en français et en anglais, mêlant aphorismes, théâtre et poésie. Contrairement à Vivien, Barney revendique un lesbianisme joyeux, libre, affranchi des contraintes morales.

Ces deux figures illustrent deux pôles de la sensibilité lesbienne de l’époque : l’une tournée vers la douleur et la sublimation, l’autre vers la célébration et la sociabilité.

Lucie Delarue-Mardrus : une voix oubliée

Contemporaine de ces cercles, Lucie Delarue-Mardrus est aujourd’hui moins connue, bien qu’elle ait été une écrivaine prolifique. Mariée au traducteur Joseph-Charles Mardrus, elle entretient néanmoins des relations avec des femmes, notamment Natalie Barney. Son œuvre, qui comprend poésie, romans et récits de voyage, aborde parfois des thématiques lesbiennes, mais de manière plus allusive.

Elle incarne une figure intermédiaire : ni totalement marginale, ni pleinement intégrée au canon lesbien, elle témoigne des tensions entre vie privée et expression littéraire dans un contexte encore contraignant.

Violette Leduc : écrire l’indicible

Avec Violette Leduc, la littérature lesbienne française entre dans une phase de radicalité autobiographique. Dans La Bâtarde ou Thérèse et Isabelle, elle décrit sans fard le désir entre femmes, dans une langue crue, poétique et profondément intime. Son écriture est marquée par la honte, le rejet, mais aussi par une quête de vérité absolue.

Soutenue par Simone de Beauvoir, Leduc a longtemps été censurée, notamment pour Thérèse et Isabelle, publié d’abord sous une forme expurgée. Elle incarne une figure de l’écrivaine maudite, dont la reconnaissance est tardive mais aujourd’hui essentielle.

Monique Wittig : révolutionner le langage

Monique Wittig marque un tournant théorique et politique. Dans Les Guérillères ou Le Corps lesbien, elle propose une écriture expérimentale, fragmentée, qui vise à déconstruire les catégories de genre. Pour Wittig, “les lesbiennes ne sont pas des femmes”, dans la mesure où elles échappent au système hétérosexuel qui définit la catégorie “femme”.

Son œuvre est à la fois littéraire et philosophique. Elle influence profondément les études de genre et les théories queer. Wittig ne se contente pas de représenter le lesbianisme : elle en fait un outil de subversion radicale du langage et de la pensée.

Wendy Delorme : sexualité et performance

Wendy Delorme s’inscrit dans une tradition plus contemporaine, mêlant écriture, performance et militantisme. Dans Quatrième génération ou Viendra le temps du feu, elle explore les sexualités dissidentes, les identités queer et les dynamiques de pouvoir.

Ancienne actrice pornographique, Delorme revendique une approche politique du corps et du plaisir. Son écriture est souvent collective, traversée par des voix multiples, des récits fragmentés. Elle participe à une redéfinition du lesbianisme comme espace inclusif, intersectionnel, en dialogue avec les luttes féministes et LGBTQ+.

Constance Debré : dépouillement et radicalité

Avec Play Boy ou Love Me Tender, Constance Debré propose une écriture minimaliste, presque sèche, qui tranche avec les effusions de ses prédécesseures. Issue d’un milieu bourgeois, elle raconte sa rupture avec les normes sociales, son divorce, sa relation avec son fils, et son entrée dans une vie lesbienne.

Son style est direct, sans fioritures, comme une mise à nu. Elle interroge la maternité, la loi, la liberté individuelle. Chez elle, le lesbianisme n’est pas seulement une orientation sexuelle, mais un geste de rupture, une manière de se réinventer hors des cadres imposés.

Fatima Daas : identité multiple

Fatima Daas, avec La Petite Dernière, apporte une voix nouvelle, issue des quartiers populaires et de l’immigration. Elle y raconte son identité de jeune femme musulmane, lesbienne, française, tiraillée entre plusieurs appartenances.

Son écriture, rythmée, répétitive, presque incantatoire, reflète cette tension intérieure. Elle aborde la foi, la famille, le racisme, l’homophobie, avec une grande sincérité. Daas élargit le champ de la littérature lesbienne en y intégrant des perspectives souvent invisibilisées.

Jul Maroh : le roman graphique

Jul Maroh, avec Le Bleu est une couleur chaude, offre une contribution majeure au roman graphique. Cette œuvre, adaptée au cinéma sous le titre La Vie d’Adèle, raconte une histoire d’amour entre deux jeunes femmes, avec une grande sensibilité.

Le dessin, en noir et blanc ponctué de bleu, accompagne une narration intime, centrée sur la découverte de soi, le désir, la perte. Maroh interroge aussi la représentation du lesbianisme, notamment dans le cinéma, critiquant certaines formes de voyeurisme.

Pauline Delabroy-Allard : passion et langage

Enfin, Pauline Delabroy-Allard, avec Ça raconte Sarah, propose une écriture fiévreuse, presque musicale. Le roman raconte une passion amoureuse entre deux femmes, dans un style fragmenté, rythmé, proche de la transe.

L’amour y est total, dévorant, destructeur. Le lesbianisme n’y est pas problématisé, mais vécu comme une évidence. Delabroy-Allard s’inscrit dans une tradition de l’écriture du désir, tout en renouvelant les formes narratives.


Conclusion

De Colette à Pauline Delabroy-Allard, en passant par Wittig, Leduc ou Daas, les auteures lesbiennes françaises ont profondément marqué la littérature. Leurs œuvres, longtemps marginalisées, sont aujourd’hui reconnues pour leur puissance esthétique et politique.

Elles ont écrit contre le silence, contre les normes, contre l’effacement. Elles ont inventé des լեզlangages nouveaux pour dire le désir, le corps, l’amour entre femmes. Leur diversité – sociale, stylistique, générationnelle – témoigne de la richesse d’une tradition en constante évolution.

Lire ces auteures, c’est non seulement découvrir des œuvres majeures, mais aussi comprendre comment la littérature peut להיות un espace de résistance, de transformation et de liberté.

— Adam Donaldson Powell + ChatGPT


Imaginez une scène fantasmée où ces femmes se retrouvent dans un club lesbien parisien.

On pourrait imaginer une nuit douce et dense, quelque part dans le Marais, dans un club à la lumière tamisée — un lieu hors du temps où les époques se croisent sans se heurter.

Colette serait sans doute installée la première, légèrement en retrait, observant tout avec une attention sensuelle. Elle noterait les détails : la façon dont une main effleure une épaule, le reflet d’un verre, la moiteur de l’air. Elle ne parlerait pas beaucoup au début, mais rien ne lui échapperait.

Renée Vivien, elle, serait attirée par un coin plus sombre, presque à l’écart. Elle regarderait la scène avec une intensité mélancolique, comme si chaque rire contenait déjà sa perte. Peut-être griffonnerait-elle quelques vers sur un carnet, troublée par cette joie qu’elle ne parvient jamais tout à fait à habiter.

À l’opposé, Natalie Clifford Barney entrerait comme chez elle — ce serait, d’une certaine manière, chez elle. Elle circulerait entre les groupes, saluant, rassemblant, créant du lien. Elle ferait asseoir Vivien près d’elle, tenterait de la tirer vers la lumière, organiserait presque spontanément un petit cercle de discussion au milieu du brouhaha.

Lucie Delarue-Mardrus observerait cela avec un sourire discret, oscillant entre fascination et distance. Elle serait là sans s’imposer, écoutant davantage qu’elle ne parle, captant les nuances, les tensions invisibles.

Puis Violette Leduc apparaîtrait, plus nerveuse, presque à vif. Elle parlerait vite, trop fort peut-être, comme pour conjurer le silence ou le rejet. Mais dès qu’elle trouverait une écoute sincère — peut-être chez Colette, ou même chez Barney — sa parole deviendrait bouleversante, brute, impossible à ignorer.

Monique Wittig, elle, ne se contenterait pas d’observer ou de ressentir : elle analyserait. Elle questionnerait le lieu lui-même — est-ce vraiment un espace libéré ? Quelles normes persistent, même ici ? Elle lancerait des phrases qui suspendent la conversation, qui obligent à penser autrement. Et pourtant, elle danserait aussi, mais comme un geste politique.

Wendy Delorme serait au centre de la piste, incarnant une forme de liberté assumée. Elle inviterait les autres à bouger, à occuper l’espace avec leurs corps, à faire du club un lieu de performance vivante. Avec elle, le corps devient langage, manifeste, célébration.

Constance Debré resterait peut-être en périphérie, adossée à un mur, regard direct, presque dur. Elle parlerait peu, mais chaque phrase tomberait avec précision. Elle observerait les jeux de pouvoir, les postures, sans illusion — mais sans cynisme non plus.

Fatima Daas, elle, serait traversée par des émotions contradictoires. Elle aimerait être là, pleinement, mais une part d’elle resterait en retrait, habitée par d’autres voix — familiales, religieuses, intimes. Elle écouterait beaucoup, parlerait doucement, et quand elle le ferait, ce serait avec une sincérité désarmante.

Jul Maroh capterait tout cela en images mentales — les contrastes de lumière, les regards, les silences entre les mots. Elle verrait déjà la scène comme une succession de cases, avec des bleus profonds et des noirs enveloppants.

Enfin, Pauline Delabroy-Allard serait emportée par l’intensité du moment. Pour elle, tout deviendrait matière à récit : une rencontre, un frôlement, une phrase entendue par hasard. Elle ressentirait tout trop fort, comme une vague continue, prête à se transformer en écriture.

Et dans ce club, il n’y aurait pas une seule manière d’être, ni une seule manière d’aimer. Juste une constellation de présences, de voix, de corps — parfois en accord, parfois en tension — mais réunies, l’espace d’une nuit, dans un lieu où leurs différences ne s’annulent pas, mais.

— Adam Donaldson Powell

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Two women sitting in a library discussing a book titled 'La Bâtarde'

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