L’argot de rue parisien — celui des faubourgs, des halles, des fortifs et des bistrots — est une langue de survie devenue musique. Il mêle le vieux français populaire, le jargon des ouvriers, le parler des voyous, puis les influences arabes, africaines, tsiganes et verlanisées des banlieues modernes. Dans la poésie, cet argot sert moins à « faire peuple » qu’à donner une respiration vivante, râpeuse et humaine à la langue.
Au XIXe siècle, les poètes découvrent dans les rues de Paris une matière brute. Les chiffonniers, les prostituées, les marlous, les ouvriers deviennent des personnages poétiques. L’argot quitte les prisons et les marchés pour entrer dans les vers. Chez Aristide Bruant, la langue populaire claque comme une gifle tendre :
« À la Bastille on aime bien / Les gars qui parlent pas latin. »
Ses chansons-poèmes, dites dans les cabarets de Montmartre, peignent un Paris nocturne où l’argot devient rythme social.
Puis vient Jean Genet, qui transforme la langue des voyous en liturgie noire. Chez lui, le voleur et le marginal deviennent des figures sacrées. Son style mêle préciosité classique et parler des bas-fonds : une poésie de la transgression où l’argot est une couronne portée par les exclus.
Au XXe siècle, Léo Ferré et Jacques Prévert donnent à la rue parisienne une poésie plus tendre et plus politique. Prévert écrit comme on parle aux terrasses des cafés, avec les mots simples des amoureux, des ouvriers, des enfants. Ferré, lui, fait exploser la syntaxe et injecte dans ses textes le souffle des quartiers populaires.
Exemple dans l’esprit de ce style :
Sous l’pont d’la ligne quatre
Y avait des mômes qui fumaient l’soir
Paris roulait ses mégots blafards
Dans les flaques des boulevards noirs.Un vieux zonard gueulait Verlaine
Entre deux canons de picrate,
Et la nuit, maquillée de peine,
Traînait ses godasses ingrates.
L’argot parisien moderne évolue ensuite avec le verlan et les langues des banlieues. Des poètes de spoken word et des rappeurs prolongent cette tradition. MC Solaar, Oxmo Puccino ou Abd Al Malik utilisent une poésie urbaine héritière directe des anciens argotiers. Chez eux, la rue devient philosophie ; le verlan, une métrique moderne.
Quelques œuvres et auteurs emblématiques de cette poésie populaire et argotique :
- Le Testament — ancêtre médiéval du parler des marges.
- Aristide Bruant — chansons de cabaret et argot montmartrois.
- Paroles — poésie du quotidien populaire.
- Le Condamné à mort — lyrisme des bas-fonds.
- Léo Ferré chante les poètes — fusion de poésie classique et langue populaire.
- Opéra Puccino — poésie urbaine contemporaine.
Cette poésie de rue parisienne possède une particularité rare : elle fait entrer dans la littérature les voix qu’on entend normalement derrière les comptoirs, dans les métros, les cages d’escalier ou les trottoirs mouillés après minuit. Elle transforme la parole quotidienne en chant, sans jamais effacer la boue sous les mots.
— Adam Donaldson Powell
Mama Lova
(Lova, lova, one, two)
(What you gotta do)
Mama Lova
(Lova, lova, one, two)
(What you gotta do)
Dis-moi combien de femmes es-tu sûr d’aimer toute ta vie
Ou sur la tête de qui les frères te jurent tous qu’ils ont raison?
Souvent beaucoup de mômes à élever seule
Fidèle au poste, pour ses gosses peut même faire l’aumône
Tu peux bien zouker, être plein de flouze
Tu peux être même fou, jouer les beaux
Mais qui t’as le plus roué de coups?
Dans le but de faire quelqu’un de bien, unique
Qu’un inconnu évite de dire “celui-là on le nique”
Elle m’a appris certaines choses de la vie
La rue, le reste, ne pas se presser, taffe
Ne jamais se laisser teste, trop difficille d’être paumé
Ici bossait un fils en taule que le système s’efforce à gommer
À tous les lascars, pauvres ou riches, dédicace
Une bises sur les joues de maman
C’est pour toutes les mères de scarlas
Où que ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Pour toutes les mères de foufs
Où que ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Pour toutes les mères de scarlas
Où qu’ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Autant de love à tous les gosses
Assise sur son trône, je pose une couronne de roses sur son dôme
Grandir sans père, c’est dur, même si la mère persévère ça sert
Mais pas à trouver ses repères, c’est sûr
Perdre sa mère c’est pire, demande à Pit j’t’assure
T’as pas saisi, enlève la mer de la Côte Azur
Je dis qu’il faut profiter de sa présence tant qu’elle est là
Plutôt que tard se rattraper en larmes sur l’absence
C’est pas facile à dire, l’amour est à ce prix là
Car rien n’est éternel, la vie te l’a appris, hélas
Les ex-hobbies, les sexes phobies
Faut dire que ça inquiète la Mama, donc j’ai cessé
Car même le dernier des meurtriers a sa mère pour pleurer
Crier son affection, sans question
Faut qu’ce soir tu ranges ton gun, laisse ton shit
Range les dangers, les risques
Car avant d’être un scarla, t’es son fils
C’est pour toutes les mères de scarlas
Où que ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Pour toutes les mères de foufs
Où que ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Pour toutes les mères de scarlas
Où que ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Autant de love à tous les gosses
Assise sur son trône, je pose une couronne de roses sur son dôme
Monte un cigare Montecristo, esprit ténébreux
Triste esprit allogène, au micro j’ai la rime lacrymogène
Aimer sa mère plus que chaque chose au monde
Pose le père à gauche, pour cause il est las
T’es le vaurien, il t’as dit “mon gars si tu réussis”
Oh là là, tu redevient son fiston, son fils
Et puisqu’on y est, dis aussi que t’as donné le sein
Vas-y mets le son, ai-je tort lors de mes speechs
Mes compliments si t’en as deux, moi j’en ai qu’une maman
Je lui fais ses courses quand elle veut même si ça me saoule par moments
Je serai là, t’aimerai jusqu’à la fin de ma vie
Y a que ta copine pour te dire des choses si stupides
Fillette, ose te dire plus fidèle que ma mère
Sur ma vie j’vais te faire couper tes mèches pony
Pose ta main sur ton poumon puis ton coeur, toum-toum, toum-toum
Ça marche, tout te prouve qu’elle vit encore
C’est pour toutes les mères de scarlas
Où que ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Pour toutes les mères de foufs
Où que ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Pour toutes les mères de scarlas
Où qu’ce soit, de Ouagadougou au fin fond du Pérou
Autant de love à tous les gosses
Assise sur son trône, je pose une couronne de roses sur son dôme
Mama Lova
(Lova, lova)
(Lova, lova)
Mama Lova
Oxmo Puccino, le club des millionaires
Mama Lova
Mama Lova
À toutes les mères du monde
À la mienne avant tout
Mama Lova
Oxmo Puccino, black mafioso
Club des millionaires
Hein, Marseille, 9-7, avec Paris
Mama Lova
Kheops
Mama Lova

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