
- Présentation académique : les raerae de Tahiti
Les raerae de Tahiti : identité de genre, sexualité et place sociale
Introduction
Dans les sociétés polynésiennes, les catégories de genre ne correspondent pas toujours au modèle binaire masculin/féminin dominant dans les sociétés occidentales. Parmi ces identités, on trouve les raerae, particulièrement visibles dans la société contemporaine de Papeete.
Les raerae sont généralement des personnes assignées hommes à la naissance qui adoptent une identité, une apparence et des rôles sociaux féminins. Elles sont souvent rapprochées des femmes transgenres dans les classifications occidentales, mais leur identité possède un contexte culturel propre à la Polynésie.
Contexte historique : mahu et diversité de genre
Dans la société polynésienne traditionnelle, l’identité appelée māhū occupait une position intermédiaire entre les genres masculin et féminin.
Les māhū étaient souvent intégrés dans la communauté et pouvaient jouer des rôles sociaux spécifiques dans l’éducation, la transmission culturelle ou les arts.
Selon les chercheurs en anthropologie :
« Les māhū sont généralement reconnus comme un troisième statut de genre dans la société polynésienne. »
Cette reconnaissance historique montre que la diversité de genre existait dans les sociétés polynésiennes bien avant l’arrivée des missionnaires européens et l’introduction des normes morales occidentales.
L’émergence du terme raerae
Le terme raerae apparaît plus récemment, principalement dans la seconde moitié du XXᵉ siècle.
Les chercheurs expliquent que les raerae représentent une évolution des identités māhū dans un contexte de modernisation sociale.
Selon l’article anthropologique de Jessie V. Ford et Eli Coleman :
« Raerae is a more recent type of māhū who more overtly express themselves as women in society. »
Le terme est apparu dans les années 1960 pour désigner des personnes assignées hommes à la naissance qui adoptent une expression féminine très affirmée, souvent associée à une transformation corporelle.
Identité de genre
Du point de vue de l’identité de genre, les raerae se situent à l’intersection entre plusieurs catégories :
- certaines se considèrent comme des femmes
- certaines se définissent comme femmes transgenres
- d’autres revendiquent l’identité culturelle raerae comme catégorie distincte.
L’anthropologue Mickaël Durand souligne que les catégories māhū, raerae et femmes trans constituent différentes formes de processus de féminisation chez des personnes assignées hommes à la naissance.
Ces identités sont souvent exprimées à travers :
- des prénoms féminins
- une présentation corporelle féminine
- une participation à des activités socialement associées au féminin.
Sexualité et relations affectives
Dans la majorité des cas étudiés par les ethnologues, les raerae ont des relations affectives ou sexuelles avec des hommes cisgenres.
La recherche anthropologique indique que :
Les māhū et les raerae sont « presque exclusivement intéressés par des relations sexuelles avec des hommes cisgenres ».
Cette dynamique crée une situation particulière : les partenaires masculins des raerae ne se considèrent généralement pas comme homosexuels, car la raerae est perçue comme occupant un rôle féminin dans la relation.
Durand note également que les relations avec des hommes masculins contribuent au processus social de féminisation des raerae.
Transformations corporelles et transition
Certaines raerae entreprennent des transformations corporelles pour aligner leur apparence avec leur identité de genre.
Selon Emmanuel Stip :
« Un RaeRae est un homme se comportant et se considérant comme une femme » et la transformation peut inclure « hormonothérapie et chirurgie ».
Ces transformations peuvent inclure :
- traitement hormonal féminisant
- chirurgie esthétique (par exemple augmentation mammaire)
- parfois chirurgie de réassignation sexuelle.
Cependant, toutes les raerae ne souhaitent pas une transition médicale complète.
Place sociale et perception dans la société
La place des raerae dans la société polynésienne est ambivalente.
D’une part, la diversité de genre bénéficie d’une certaine reconnaissance culturelle héritée des traditions māhū. Les chercheurs soulignent que cette reconnaissance constitue parfois un facteur de protection sociale comparé à d’autres sociétés.
D’autre part, les raerae ont parfois été associées à la marginalisation économique ou au travail du sexe, surtout dans les contextes urbains.
Aujourd’hui, elles travaillent également dans des domaines variés :
- beauté et coiffure
- spectacle et danse
- tourisme
- commerce.
Conclusion
Les raerae représentent une expression particulière de la diversité de genre dans la culture polynésienne. Leur identité se situe à l’intersection entre traditions culturelles anciennes et transformations sociales contemporaines.
L’étude anthropologique des raerae montre que les catégories de genre sont culturellement construites et peuvent varier considérablement selon les sociétés.
Références anthropologiques (sélection)
- Ford, J. V., & Coleman, E. (2023). Gender diversity, gender liminality in French Polynesia. International Journal of Transgender Health.
- Stip, E. (2015). Les RaeRae et Mahu : troisième sexe polynésien. Santé mentale au Québec.
- Durand, M. (2020). Le genre des fleurs : processus de féminisation et attirances sexuelles chez les māhū et les raerae. Anthropologie et Sociétés.
- Kuwahara, M. (2009). Terms for Gender and Sexual Minorities: Mahu and Raerae. Japanese Society of Cultural Anthropology.

- Les raesrae
Amura et Tita sont assises au bar
avisant leurs admirateurs potentiels
parmi la nouvelle fournée de touristes ;
la plupart d’entre eux, trop timides pour
échanger avec elles des regards, tandis que d’autres,
grandes gueules, se dirigent dans leur direction
et poussent des cris perçants :
« Harold ! C’est un homme ou une femme ? Ti Dieu !! »
Les favoris des raesrae ne sont pas
les jeunes mariés qui prennent photo sur photo
ni les couples plus anciens,
ni leurs camarades raesrae;
mais plutôt ces superbes filles
qui rêvent de devenir mannequins
ou stars hollywoodiennes,
et ces hommes virils et musclés popaa
qui leur font concurrence,
leur faisant des signes quasi complices
c’est de bonne guerre ou ça ne l’est pas.
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II. English Translation
The Raerae of Tahiti: Gender Identity, Sexuality, and Social Status
Introduction
In Polynesian societies, gender categories do not always correspond to the male–female binary common in Western societies. Among these identities are the raerae, who are particularly visible in the contemporary society of Papeete.
Raerae are generally people assigned male at birth who adopt feminine identities, social roles, and appearance. While they are sometimes compared to transgender women in Western classifications, their identity exists within a distinct Polynesian cultural context.
Historical background: the māhū
Traditional Polynesian societies recognized the identity known as māhū, which occupied a position between male and female gender roles.
Māhū individuals were often integrated into the community and could hold respected roles in education, arts, and cultural transmission.
Researchers note that:
“Māhū are generally recognized as a third gender status in Polynesian society.”
This recognition indicates that gender diversity existed in Polynesian cultures long before European missionaries introduced Western moral norms.
Emergence of the term raerae
The term raerae emerged more recently, mainly during the second half of the twentieth century.
Anthropological research explains that raerae represent a modern development within the broader category of māhū.
According to Ford and Coleman:
“Raerae is a more recent type of māhū who more overtly express themselves as women in society.”
The term appeared in Tahiti in the 1960s and referred to individuals assigned male at birth who expressed a strongly feminine identity and appearance.
Gender identity
In terms of gender identity, raerae occupy several overlapping categories:
- some identify as women
- some identify as transgender women
- others prefer the culturally specific identity raerae.
Anthropologist Mickaël Durand argues that māhū, raerae, and trans women represent different forms of feminization processes among people assigned male at birth.
Their gender identity is often expressed through:
- feminine names
- feminine clothing and appearance
- participation in socially feminine activities.
Sexuality and romantic relationships
In most ethnographic studies, raerae have romantic or sexual relationships with cisgender men.
Research indicates that:
Māhū and raerae are “almost exclusively interested in sexual relationships with cisgender men.”
Within the local cultural framework, male partners usually do not identify as homosexual because the raerae occupies the feminine role in the relationship.
Durand also notes that relationships with masculine men contribute to the social process of feminization among raerae.
Body modification and transition
Some raerae undertake physical transformations in order to align their bodies with their gender identity.
According to Emmanuel Stip:
“A RaeRae is a man who behaves as and considers himself to be a woman,” and this transformation may involve “hormone therapy and surgery.”
These transformations may include:
- feminizing hormone therapy
- cosmetic surgery
- sometimes gender-affirming surgery.
However, not all raerae seek full medical transition.
Social status and community perception
The social status of raerae is complex.
On one hand, gender diversity has some degree of cultural recognition derived from traditional māhū roles, which researchers note can act as a protective social factor compared to other societies.
On the other hand, raerae have historically faced marginalization and in some cases association with sex work, particularly in urban contexts.
Today many work in different sectors such as:
- beauty and hairdressing
- entertainment and dance
- tourism
- retail.
Conclusion
Raerae represent a distinctive form of gender diversity within Polynesian culture. Their identity lies at the intersection of traditional cultural roles and modern social transformations.
Anthropological studies of raerae highlight how gender categories are culturally constructed and vary widely across societies.

- The raeraes
Amura and Tita sit on their
bar seats and take in the
potential entourage of admirers
amongst the new crop of tourists;
many too embarrassed to stare
and others who not only gawk but
point and shriek in loud voices:
« Harold! Is that a man? Oh my God!! »
The raeraes’ favourites are not the
photo-snapping honeymooners and
older couples, nor the raeraes’
friendly own fellow countrymen;
but rather the gorgeous ‘would-be’ models
and movie actresses, and the robust,
muscular popaa men who vie the
raerae for attention, and whose
self-conscious nods in recognition
of their Polynesian mahucompetitors
confirm a sense of interpersonal intrigue
and sportsmanship.

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