
Dans ce bas univers où l’on court, où l’on trotte,
Le banquier plein d’écus vaut mieux qu’un patriote ;
Le sage est un nigaud, le pauvre un criminel,
Et l’or tient lieu de Dieu dans ce monde mortel.
Candide, en contemplant quelque vieux milliardaire,
Dit : « Pangloss avait donc un jugement prospère !
Car enfin tout est bien dans ce marché humain,
Puisque l’homme le plus gras y devient souverain. »
On voit des héritiers, le sourire hypocrite,
Pleurer très doucement près du coffre qu’on quitte ;
Le défunt, embaumé dans son dernier velours,
Semble encore compter ses lingots pour toujours.
Le prêtre dit : « Mon fils, la vertu vous couronne. »
— « Combien laisse-t-il donc ? » demande la matrone.
Le voisin charitable, en fermant les volets,
Soupire : « Quel grand homme !… Il possédait trois palais. »
Un poète mourut, pauvre et sans domestique :
On vendit ses sonnets au poids de la musique.
Mais un sot enrichi par le commerce du vent
Eut cent vingt cierges d’or et six discours savants.
Ainsi va notre siècle, admirable et grotesque :
Le mérite est en cuivre et la fortune en fresque ;
Et lorsque vient la Mort, ce juge si galant,
Elle donne la palme au cadavre opulent.
Moralité, lecteur : vis, trompe, thésaurise ;
Fais du monde un comptoir, de ton âme une entreprise ;
Car celui qui s’en va le coffre débordant
« GAGNE » — dit-on — même en pourrissant.
— Adam Donaldson Powell

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