
(Salut au roi Trump)
Le Secret de Polichinelle (un rondeau en 6/8)
I
Dans la salle — murs suintants,
Trône un roi gras — ricanant,
Batte la table — il se croit
Soleil du monde — et des lois.
Le secret de Polichinelle réside
dans l’éléphant qui hante
la pièce. Oui, dans l’éléphant
qui hante la pièce.
II
Il compte, compte — ses exploits,
Prend les corps — comme ses droits,
Rit trop fort — gestes obscènes,
Même les chiens — quittent la scène.
Quand il nous fixe — en silence,
Nous baissons l’œil — en prudence,
Pas de sourire — pas de vrai,
On ment, on plie — on se défait.
III
Il prend l’or — il prend le pain,
Vide les bourses — à pleines mains,
Rit des ventres — creux, brisés,
Comme d’un chant — mal accordé.
Mais la nuit tombe — et l’on boit,
Loin de sa voix — loin de sa loi,
On chante faux — mais plus hardi,
Ses vices font — notre répit.
IV
Pas d’ami — sous sa couronne,
Rien que des voix — qui fredonnent,
Louanges grasses — et serviles,
Pour fuir son fiel — si fragile.
Puis ivres morts — on déclame,
Vers moqueurs — contre son âme,
Et l’on joue — dans les éclats,
Des farces noires — contre ce roi.
V
Dans les couloirs — ses grands pairs
Rient tout bas — de son tonnerre,
Payent la nuit — quelques voyous
Pour meurtrir l’orgueil — de ce fou.
Et nous tournons — dans la salle,
Autour d’un porc — magistral,
Qui rôtit lent — à sa face,
Graisse qui chante — et le remplace.
VI
Mais chaque coup — le grandit,
Le rend plus vil — endurci,
Plus de venin — dans sa voix,
Plus de mépris — dans ses lois.
Alors on frappe — et l’on chante,
La ronde grince — et s’enchante :
« Tourne la broche — tourne encor,
Que tombe enfin — ce faux trésor ! »
VII
Ses yeux vacillent — feu trouble,
Son rire sonne — creux et double,
« Il perd l’esprit » — dit-on bas,
Mais nul ne crie — contre ce roi.
Pas de demain — sous sa main,
Rien qu’un vertige — sans matin,
Alors on rit — jusqu’aux pleurs,
Danse de peur — et de douleur.
VIII
On plie le dos — on applaudit,
Même ses mots — les plus maudits,
Car sa folie — fait trembler
Jusqu’aux pierres — du palais.
On jette au feu — bois et vivres,
On boit trop fort — pour survivre,
Pain et vin — passent de main,
Ronde qui cache — notre fin.
IX
Mais aux chapelles — loin du bruit,
On prie tout bas — dans la nuit :
« Dieu, diable, vent — peu nous vaut,
Qu’il tombe enfin — ce lourd fardeau. »
Puis l’on revient — vers la broche,
Où tourne encor — notre reproche,
Et l’on murmure — en tournant :
« Qu’il meure vite — et maintenant. »

_____________________________


Leave a Reply