— Adam Donaldson Powell
L’Étouffement de Proust
Poussière sur les tentures,
pollen dans la lumière,
l’air lui-même devient mémoire,
et chaque souffle s’allonge en phrase.
L’asthme compte les secondes
comme une horloge cachée derrière les rideaux ;
la poitrine se ferme
pendant que le monde continue son bal.
Proust, il ne peut plus respirer.
Les beaux jeunes hommes passent,
silhouettes que le regard poursuit
sans jamais pouvoir retenir
autre chose que leur disparition.
Et l’ombre de la pédophile
non comme un parfum, mais comme une souillure,
traverse l’époque,
révélant ce que les dorures taisent.
Proust, il ne peut plus respirer.
Les aristocrates, amoraux,
font tournoyer leurs noms
avec l’élégance des salons
où le vernis dissimule les failles.
Face à lui, les voix anti-pédés
ouvrent les fenêtres,
refusent que le silence
devienne une autre forme de complicité.
Proust, il ne peut plus respirer.
Alors la poussière revient,
le pollen revient,
l’asthme revient.
Et pourtant la phrase continue,
sinueuse comme une chambre close,
cherchant dans le manque d’air
une vérité que le souffle n’atteint jamais.
Proust demeure au seuil :
entre la mémoire et l’étouffement,
entre le monde qui fascine
et celui qu’il faut enfin regarder sans détour.
Aucun d’eux ne peut respirer.


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