— Adam Donaldson Powell & AI
Les Apaches (ou la Société des Apaches) était un cercle informel de musiciens, poètes, peintres et critiques d’avant-garde formé à Paris vers 1902-1903. Maurice Ravel en était l’une des figures centrales, aux côtés du pianiste espagnol Ricardo Viñes et du critique Michel-Dimitri Calvocoressi.
Le groupe tire son nom du terme utilisé par les journaux parisiens pour désigner les voyous des rues. Selon la légende, après avoir heurté un crieur de journaux à la sortie d’un concert, celui-ci leur aurait crié : « Attention ! Les Apaches ! ». Le groupe a adopté cette étiquette ironique comme symbole de leur identité d’« intouchables » ou de parias artistiques luttant contre l’académisme musical.
Traditions et particularités
- Le sifflement secret : Pour se signaler dans la foule des concerts ou s’identifier à l’entrée de leurs lieux de réunion, les membres sifflaient le thème d’ouverture de la Deuxième Symphonie d’Alexandre Borodine.
- Le membre imaginaire : Ils ont inventé un ami fictif nommé Gomez de Riquet, offrant ainsi un prétexte idéal pour s’éclipsers discrètement des soirées mondaines ennuyeuses.
- Ferveur pour Debussy : Le groupe s’est formé autour d’une admiration commune pour l’opéra Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, assistant aux 14 représentations de la création pour défendre l’œuvre face aux critiques hostiles.
- Lieux de réunion : Le cercle se réunissait tous les samedis soir, d’abord dans l’atelier du peintre Paul Sordes, puis chez le compositeur Maurice Delage.
Membres notables
- Compositeurs : Maurice Ravel, Igor Stravinsky, Manuel de Falla, Florent Schmitt, Maurice Delage.
- Interprètes et éditeurs : Ricardo Viñes (pianiste créateur de nombreuses œuvres de Ravel), Lucien Garban.
- Poètes et écrivains : Léon-Paul Fargue, Tristan Klingsor, Michel-Dimitri Calvocoressi, Émile Vuillermoz.
- Artistes visuels : Paul Sordes, Édouard Bénédictus.
Héritage musical : Miroirs
Le témoignage musical le plus célèbre laissé à cette bande est le recueil pour piano Miroirs (1905). Ravel a dédié chacune des cinq pièces de la suite à un membre des Apaches :
| Pièce | Dédicataire | Rôle au sein des Apaches |
|---|---|---|
| I. Noctuelles | Léon-Paul Fargue | Poète symboliste |
| II. Oiseaux tristes | Ricardo Viñes | Pianiste et mentor |
| III. Une barque sur l’océan | Paul Sordes | Peintre et hôte du groupe |
| IV. Alborada del gracioso | Michel-Dimitri Calvocoressi | Critique musical |
| V. La vallée des cloches | Maurice Delage | Compositeur et élève |
Le groupe a continué de se réunir chaque semaine jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, qui a définitivement mis fin à cette aventure intellectuelle et artistique.
Interprétations poétiques à effet miroir :
Noctuelles
Dans l’ombre obscure des sombres ramées,
Elles tournoient en ballets indécis,
Papillons de nuit aux ailes enfumées,
Cherchant la lumière au cœur du traversier.
Un frôlement doux dans l’air de minuit,
Éphémères fantômes que l’aube enfuie.
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Oiseaux tristes
Ils chantent seuls au sommet des grands bois,
Une mélancolie infini et sans fin,
Leurs complaintes s’élèvent d’une seule voix
Pour pleurer le jour qui meurt au lointain.
Rien ne console leur peine ailée,
Sur la branche nue où dort la gelée.
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Une barque sur l’océan
Fragile coquille au gré des marées,
Elle gîte et balance sur l’abîme mouvant,
Bercée par l’écume et les eaux égarées,
Seule face au souffle immense du vent.
L’horizon l’appelle en un chant d’infini,
Petit point perdu dans le bleu de la nuit.
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Alborada del gracioso
Le bouffon s’éveille aux premiers feux du jour,
Faisant tinter ses clochettes d’argent,
Sa guitare gronde un hymne d’amour,
Mêlant l’ironie au soleil levant.
Aube d’Espagne aux rythmes brisans,
Où la tragédie rit sous les haillons.
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La vallée des cloches
Du fond des ravins monte un doux tintement,
Bronzes suspendus qui vibrent dans l’air,
Échos superposés au cœur du couchant,
Le temps s’immobilise en un chant clair.
C’est la paix profonde où s’endort la terre,
Résonnant d’amour, de calme et de mystère.
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Aurores printanières (Inverse de Noctuelles)
Dans la clarté pure d’un matin naissant,
L’abeille s’élance aux vives couleurs,
Volant droit vers l’or du soleil brillant,
Gorgée de lumière au cœur des mille fleurs.
Un essor joyeux dans l’air de midi,
Éclat permanent d’un jour sans finis.
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Oiseaux radieux (Inverse d’Oiseaux tristes)
Ils célèbrent ensemble au crible des branches,
Une joie immense et un rire éclatant,
Leurs trilles s’unissent en harmonies blanches
Pour fêter le jour qui naît au levant.
Tout enchante enfin leur foule ailée,
Sur l’arbre fleuri que le soleil a doré.
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Un bastion sur le roc (Inverse d’Une barque sur l’océan)
Solide citadelle ancrée dans la terre,
Elle dresse ses murs sur le sommet dur,
Immobile et fière au centre du désert,
Bravant sans fléchir le vent le plus pur.
La roche la fixe en un calme infini,
Colosse ancré sous l’éclat du midi.
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Requiem du sage (Inverse d’Alborada del gracioso)
Le vieillard s’endort quand le soir vient tomber,
Éteignant le bruit des festivités,
Son silence murmure une sombre verité,
Mêlant la sagesse au crépuscule d’été.
Nuit de glacier aux rythmes posés,
Où la gravité pleure sous les dorures d’or.
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La montagne du silence (Inverse de La vallée des cloches)
Du haut des sommets s’étend le grand muet,
Pierres immobiles que rien ne fait vibrer,
Bruit étouffé sous un ciel tout secret,
Le temps s’accélère sans jamais murmurer.
C’est le fracas sourd d’un monde de fer,
Résonnant de haine, de bruit et de désert.

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