
Ombrages du Cœur
Sur le pavé brillant des souvenirs anciens,
Un esprit immobile épie au coin des rues,
Tragique observateur des figures inconnues,
Rattrapant leurs pas pour y lier le sien.
Il ne sait pas aimer sans assiéger l’espace,
Il guette le regard, l’allure et la menace.
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I. Madame de Guermantes : La Traque Silencieuse
Au sortir de l’église ou le long des pavés,
Il s’impose au trajet de la duchesse altière,
Attendant qu’un coup d’œil, une ombre de lumière
Lui confirme le rang qu’il s’était réservé.
Fixité du chasseur sous un soleil d’hiver,
Il calcule les pas du fantôme de race,
Espérant qu’en croisant cette haute disgrâce,
Il saisira l’éclat de son pur univers.
C’est une traque nue où le désir s’épuise,
Un harcèlement fin sous un gant de velours,
Où l’orgueil de la dame impassible et soumise
Ne fléchit pas d’un pouce devant cet amour.
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II. Gilberte Swann : Le Bombardement d’Amour
Sous l’aubépine rose aux Champs-Élysées,
Il verse un flux de mots, un torrent de cadeaux,
Voulant plier son âme au poids de ses fardeaux,
Étouffer son enfance en mille brassées.
Lettres d’accès d’humeur, transports désespérés,
Il l’inonde d’égards pour mieux la captiver,
Incapable d’attendre ou de laisser rêver
Celle dont le prénom le faisait murmurer.
C’est l’art d’aveugler l’autre en prétendant l’aimer,
D’offrir tout le soleil pour cacher la lumière,
De couvrir de ferveur la petite écolière
Pour qu’elle n’ait plus d’air que pour le respirer.
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III. Albertine Simonet : La Cage Dorée
Puis vient la prisonnière enfermée au logis,
Sous le regard jaloux des serrures d’Auteuil,
Où chaque mouvement devient un cas de deuil,
Où l’amour se transforme en un froid litigieux.
L’espionnage est minutieux, le doute est permanent,
Il surveille ses nuits, contrôle ses visites,
Interroge le temps, invente des limites,
Et fait de sa tendresse un châtiment vivant.
Contrôler ses désirs, posséder son sommeil,
Savoir avec qui bat son cœur quand elle ment :
Il ne cherche plus l’ange au souffle de vermeil,
Mais la garde à vue pure et le séquestrement.
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Ainsi s’achève la ronde où l’amant s’égarât,
Substituant l’emprise aux douceurs de l’échange.
En voulant posséder l’insaisissable archange,
Il ne saisit que l’ombre et le vide des draps.


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